Rewriting

Au premier jour, ce fut une page blanche, au 7ième mois celle ci s’est noircie de milles mots, milles joies, milles tristesses, angoisses et renaissance. Le Maroc change un homme, dans tout les sens du terme, au premier mois, la vie vous parait légère, on est encore dans l’euphorie, dans la douce nonchalance de l’expatriation, de la découverte, des temps bénis et des amours naissants. Les amours naissants dans les terres d’orient de l’ouest sont comme un poison léger au début, poignant au milieu, incisif, violent et vil à la fin, comme un poignard de fête planté en plein cœur. Ce genre de poignard qui tourne comme un derviche tourneur, le genre de possession âpre…

Ces mêmes amours naissants après 7 mois laissent des traces indélébiles comme l’indigo des hommes bleu du Souss, des brulures, des cicatrices, des espoirs envolés et des trahisons vives. On pourrait presque croire que l’on parle des brunes piquantes ou vénéneuses mais ici l’amour se digresse de mille façons. Pas de gris, du noir, du blanc et basta, c’est tout, l’âme marocaine généreuse ne s’embarrasse pas des atermoiements d’un Européen. Tu es soit noir, soit blanc, pas d’hésitations, tout le monde dans la même kwassa kwassa….

Dans l’histoire d’une expatriation, on aime laisser des traces, des attaches, se réconforter dans la transition, entre Paris et Casablanca, on aime gouter des nouveaux parfums interdits, des nouvelles douceurs, des nouvelles effluves piquantes. Et l’on s’y brule, oubliant vite que Paris n’est qu’a 3h, que Facebook raccourci encore plus le temps, que l’instantané est la règle et que l’adage, pour vivre heureux, il faut vivre caché.

Comment se cacher à l’heure d’aujourd’hui, il n’est nul possible de le faire, téléphone et réseaux sociaux sont devenus les premiers ennemis et les premiers amants des jeux de l’illégitimes, tout le monde s’en accommode, mais ils sont comme un poison qui distille patiemment son venin… Alors s’installe un poker menteur, un de ces jeux qui est aussi plaisant et jouissif que priser dans les nuits douces et étoilées d’Afrique. Un poker menteur fait de petits mots, de petites transgressions avec le réel, comme un funambule qui se mettrait à danser au dessus du vide. Et tout cela dure, dans un ballet irréel, transcendant, féérique. L’ennui de tout cela est que vous devez jongler en permanence avec une double vie à la limite de la schizophrénie, mais tout est si grisant que vous en oubliez les peines pour mieux apprécier le reste….

Puis un matin, vous vous réveillez, vous soupirez dans un dernier râle, le ballet s’achève, le cygne noir est venu envelopper dans son aile de deuil, les anges blancs que vous avez trahi et il ne vous reste que les souvenirs, les envies, les désirs inachevés et des amours interdits. Un mal nécessaire pour réécrire une nouvelle page blanche, ici, ailleurs….

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